Le projet
À Bois-Jolan, sur le littoral de Grande-Terre, quatre mares d'arrière-plage s'alignent
sur moins de trois cents mètres et forment un ensemble écologiquement relié. Le site
cumule les protections et les enjeux : zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique
et floristique (ZNIEFF), Espace remarquable du littoral, secteur prioritaire de l'Atlas
de la biodiversité communale, géré depuis 2015 par la commune de Sainte-Anne pour le
compte du Conservatoire du littoral. Plus de 8 600 m² de plans d'eau y subissent des
pressions convergentes : la prolifération du typha (Typha domingensis, une espèce
exotique envahissante), la pollution et les macrodéchets, la pression agricole liée au
bétail et la sur-fréquentation d'un site très visité.
Le projet « Plus belles les mares » est porté par la Ville de Sainte-Anne, avec
l'association Rézilyans 971 comme co-demandeur et opérateur de terrain. Il s'organise
autour de trois objectifs : lutter contre les espèces exotiques envahissantes en
réduisant puis en retirant le typha, préserver la biodiversité en suivant les stations
de faune et de flore à enjeux, et gérer les usages humains par la sensibilisation, la
formation et une gouvernance partagée. Les cibles fixées par la candidature sont
ambitieuses : restaurer les 8 600 m² de mares, maîtriser 1 800 m² d'espèces exotiques
envahissantes, former deux agents communaux et dix propriétaires de mares, sensibiliser
vingt agriculteurs et cent vingt scolaires, et toucher dix mille personnes via les
médias et les réseaux sociaux.
Ces mares abritent des espèces patrimoniales, dont plusieurs figurent comme menacées
sur la liste rouge de Guadeloupe, à l'image de la talève violacée (Porphyrio martinicus),
classée en danger. Le projet s'inscrit dans un cadre stratégique dense : Stratégie
européenne pour la biodiversité 2030, Stratégie nationale biodiversité 2030, profil
écosystémique Caraïbes du programme BEST, Schéma régional du patrimoine naturel et de la
biodiversité des îles de Guadeloupe et plan de gestion de Bois-Jolan.
L'accompagnement
Julien LORTHIOS, fondateur de Freole, a accompagné le montage et le dépôt de la
candidature BESTLIFE2030 de ce projet, dans le cadre de ses précédentes fonctions à
l'Office français de la biodiversité (OFB).
Le protocole mis en œuvre
Face au manque de références sur la gestion du typha, le projet a testé un protocole
expérimental qui s'est révélé probant. Il a été élaboré et mis en œuvre par Matthieu
NORDEN, du Pôle Relais Zones Humides Tropicales. Le typha est une plante hélophyte : son
appareil végétatif a besoin d'être hors de l'eau et exposé à la lumière pour se
développer. Le principe consiste donc à faire l'inverse, en maintenant la plante immergée
et privée de lumière. Concrètement, la tige est coupée horizontalement sous la surface de
l'eau (ou à sa base là où la zone humide contient peu ou pas d'eau), puis affaissée sous
l'eau ; la surface traitée est ensuite recouverte d'une bâche opaque pendant au moins
trois mois. Ainsi noyés et privés de lumière, tige et rhizomes se dégradent
progressivement. Au terme du bâchage, les rhizomes dégradés sont retirés pour éviter le
comblement du plan d'eau. La Ville et l'association l'ont d'abord appliqué sous l'œil
expert de son concepteur, avant de le conduire de façon autonome, mare par mare.
À ce jour, trois des quatre mares ont été traitées, la quatrième restant à engager. La
commune a recruté fin 2025 un responsable de gestion environnementale pour pérenniser le
suivi. À chaque opération, l'avifaune fait l'objet d'un suivi dont les données sont
partagées avec le Conservatoire d'espaces naturels de Guadeloupe. Le site a par ailleurs
accueilli cinquante-quatre professionnels du Conseil des rivages d'Amérique (Antilles,
Saint-Martin, Guyane) venus s'approprier le protocole.
Les enseignements de terrain nourrissent un savoir-faire reproductible. Le bâchage doit
être maintenu au minimum trois mois pour assurer la décomposition complète des rhizomes :
un délai plus court les rend plus difficiles à extraire. La coupe est réalisée
idéalement en lune descendante, phase où, selon la pratique traditionnelle, la sève
reflue vers les racines, ce qui ralentit la repousse. L'intervention se cale aussi hors
des périodes de floraison, pour limiter la dissémination des graines, et de nidification,
le typha abritant notamment la poule d'eau. Le choix des bâches et la recherche
d'alternatives au plastique font l'objet d'une attention particulière, tout comme la
coordination entre le porteur et le co-demandeur et le respect du calendrier.
Cette dimension méthodologique est au cœur du projet : un guide public est prévu et déjà
partagé auprès du réseau des gestionnaires d'espaces naturels de la Caraïbe. Le projet
mobilise un large partenariat, dont le Pôle Relais Zones Humides Tropicales (Comité
français de l'UICN), le Conservatoire d'espaces naturels de Guadeloupe, le Conservatoire
du littoral, l'Office de l'eau de Guadeloupe, l'Agence régionale de la biodiversité des
îles de Guadeloupe, le bureau d'études Biotope pour le diagnostic initial et des
associations locales comme Kaz Biodiversité, en coopération avec le projet REMA II.
Lire le retour d’expérience du PRZHT sur la gestion du typha (PDF)